Zedek Mouloud

À quelques mois de la sortie de son nouvel album, Zedek Mouloud, poète, musicien et chanteur kabyle, a choisi Observ’Algérie pour se confier. Lors de cet entretien exclusif, l’artiste kabyle a abordé ses projets, la situation politique en Algérie ainsi que le combat identitaire berbère.

Sommaire

  1. Album : date et thème
  2. Concert au Zénith de Paris : Préparatifs
  3. Zedek Mouloud en Algérie
  4. Zedek Mouloud censuré en Algérie
  5. Place de la chanson kabyle
  6. La chanson kabyle engagée
  7. La langue berbère et le hirak
  8. Interdiction du drapeau amazigh
  9. Réouverture du dossier Lounès Matoub
  10. Aldjia Matoub, la mère du Rebelle
  11. Zedek Mouloud s’adresse à la diaspora algérienne
  12. La place de l’artiste dans la société
  13. La promotion de la culture amazighe

Nouvel album de Zedek Mouloud : date et thème

ObservAlgérie : Où en êtes-vous avec votre nouvel album ? Et quels sont les thèmes qui y sont abordés ?

Zedek Mouloud : Le nouvel album sera mis en vente le 27 octobre 2019, simultanément en Algérie et en France. Les deux producteurs algérien et français devaient se mettre d’accord sur sa date de sortie, et c’est la raison pour laquelle nous l’avons un peu retardée.

Les chansons traitent les sujets dont je suis habitué, avec du nouveau, évidemment. À chaque fois, je me lance des défis pour apporter du neuf dans ma musique et mes chansons. J’essaye d’apporter ce que je n’ai pas déjà abordé, je souhaite que ceux qui m’écoutent soient satisfaits du résultat.

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Concert au Zénith de Paris : Préparatifs

ObservAlgérie : La promotion de l’album commencera avec un concert au Zénith de Paris. Comment se déroulent les préparatifs ?

Zedek Mouloud : En ce qui concerne le grand gala que je prépare pour Yennayer (12 janvier) au Zénith de Paris, tout ce passe comme prévu. On va commencer la campagne de promotion et de publicité à partir de septembre. Je souhaite que les gens qui aiment la chanson kabyle et Zedek Mouloud s’y retrouvent. J’espère pour ma part être dans de bonnes disposition pour ce premier Zénith.

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Zedek Mouloud en Algérie

ObservAlgérie : Allez-vous reprendre la scène en Algérie ?

Zedek Mouloud : Pour le moment, je suis occupé avec la préparation du nouvel album et du gala à Paris. Je souhaite retourner en Kabylie après mon concert de Paris. Mais bien que la volonté existe toujours, beaucoup d’obstacles nous freinent.

Il faut savoir que je suis victime de censure comme certains chanteurs kabyles, du moment que la culture est gérée par les décideurs et que les salles appartiennent à l’État. Ils décident de qui peut exister et de qui doit être marginalisé. J’espère, comme tous les militants de la kabylité et des droits, que les portes soient ouvertes pour que tamazight s’épanouisse.

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Zedek Mouloud censuré en Algérie

ObservAlgérie : Donc vous êtes victime de censure ?

Zedek Mouloud : Oui, je suis victime de la censure. Et comme on dit, la censure n’est jamais officielle. Personne n’est jamais venu me dire ce que je dois ou ne dois pas faire. Mais quand tu te lance dans un projet, on te fait comprendre que tu dois respecter certaines limites.

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Place de la chanson kabyle

ObservAlgérie : Quelle est la place de la chanson kabyle ?

Zedek Mouloud : La chanson kabyle, comme on l’a connue à notre époque, a atteint ses limites. J’espère qu’elle va renaitre et continuer son chemin d’une autre manière. Les nouvelles générations n’ont pas eu le même parcours que le nôtre, néanmoins j’espère qu’ils vont la valoriser, qu’ils vont donner une place de choix à la belle poésie. Maintenant, les chanteurs produisent des chansons sans donner d’importance à la poésie et au verbe.

La chanson kabyle n’est pas seulement une chanson, c’est aussi un combat ; la survie de la langue et d’un peuple. La chanson est un tout, un mélange entre une musique et des paroles propres avec un sens. La chanson kabyle manque de ce qu’on appelle les chanteurs poètes qui l’ont propulsée au sommet de par le passé.

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La chanson kabyle engagée

ObservAlgérie : Quelle est la situation de la chanson kabyle engagée ?

Zedek Mouloud : La chanson kabyle s’inspire de la répression d’un peuple. Quand tu chantes en kabyle, ce n’est pas uniquement exercer un art musical, c’est surtout un engagement. Donc, du moment où notre langue ne se retrouve pas dans son environnement, tout ce qui est produit en kabyle – que se soit de la chanson ou de la production littéraire – est un engagement pour la survie de la langue et de la culture.

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La langue berbère et le hirak en Algérie

ObservAlgérie : Qu’elle est la place de tamazight dans l’Algérie de demain qui se dessine avec la Révolution populaire ?

Zedek Mouloud : Je dois être optimiste ; je suis un artiste. Seulement, pour le moment, les éléments ne montrent pas que tamazight est au centre des préoccupations. Rien ne présage sa prise en charge dans le futur. Il faut aussi dire que ce qu’on considérait comme acquis est sérieusement remis en cause. Tamazight est toujours menacée. Les événements nous ont montré qu’elle recule sans que les citoyens ne réagissent. Et sur le terrain de l’institutionnalisation de cette langue, les décisions n’ont pas été suivies d’application.

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Interdiction du drapeau amazigh en Algérie

ObservAlgérie : Vous faites allusion à l’interdiction du drapeau amazigh ?

Zedek Mouloud : Ce genre de pratiques ne devrait pas exister. On ne s’attendait pas à de tels agissements qui vont jusqu’à interdire le drapeau. Ce drapeau ne concerne pas uniquement les Algériens, mais toute l’Afrique du Nord. Cette décision est arbitraire. Non seulement le drapeau est interdit, mais ceux qui le brandissent se retrouvent en prison, c’est totalement incompréhensible. D’un côté, tamazight est reconnue comme langue nationale et officielle, et de l’autre on interdit les symboles qui la représentent.

D’ailleurs, on constate la volonté de ghettoïsation de ce drapeau, qui est revenu à ses origines  – à savoir Tizi-Ouzou, Béjaïa et Bouira. On constate des tentatives de stigmatisation de notre région. Ils veulent dire que tamazight ne concerne que les kabyles par ce qu’ils savent qu’à chaque fois, la Kabylie est sacrifiée pour certaines visées.

J’espère que s’il y a vraiment une volonté de changement, que tout doit être discuter avant d’atteindre un contrat social. Il ne reste aucune confiance en ceux qui décident.

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Réouverture du dossier Lounès Matoub

ObservAlgérie : Revenons à Lounès Matoub. Sa sœur veut rouvrir le dossier après vos déclarations. Qu’en pensez-vous ?

Zedek Mouloud : J’ai parlé du sujet à plusieurs reprises. Je pense que Malika a juste voulu utiliser cet élément pour rouvrir le dossier concernant l’assassinat de Lounès Matoub. Mais ce que j’ai déclaré n’est pas nouveau. Je me suis exprimé spontanément sans prendre la mesure du temps.

Pour moi, ça pouvait être 15 minutes, ou une demi-heure. Quand je suis arrivé, j’ai trouvé Lounès sur les lieux du crime, mais je n’ai jamais affirmé avoir trouvé sa femme, ses belles sœurs ou ses assassins sur place.

Tout le monde est au courant que je suis arrivé sur les lieux. Je l’ai déclaré dans plusieurs interviews – même en 1998, quand le crime a eu lieu. En tout cas, je vais continuer à dire ce que j’ai vu et trouvé.

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Aldjia Matoub, la mère du Rebelle

ObservAlgérie : Vous êtes l’un des rares artistes à rendre visite à la mère de Lounès Matoub à l’hôpital. Comment se porte-t-elle ?

Zedek Mouloud : La dernière fois que je lui ai rendu visite date d’à peu près un mois. Je l’ai trouvée en très bonne forme. Nna Aldjia reste une militante attachée aux valeurs qu’elle nous a transmises. Nos discussions tournent autour du combat, de l’amazighité, de la kabylité, de la chanson ainsi qu’autour de la poésie. Malgré cette énergie, je peux dire que Nna Aldjia est fatiguée, mais elle résiste toujours. J’espère qu’elle aura une longue vie et lui souhaite un prompt rétablissent.

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Zedek Mouloud s’adresse à la diaspora algérienne

ObservAlgérie : Vous qui vivez en France et en Algérie, qu’avez-vous à dire à ceux qui vivent à l’étranger, notamment en France ?

Zedek Mouloud : Actuellement, avec l’internet et les moyens technologiques, l’exil n’existe plus. Personnellement, il y a beaucoup de choses dont je suis informé quand je suis en France et dont je ne prends pas connaissance quand je suis en Algérie. Donc, au jour d’aujourd’hui, l’exile n’existe pas.

Ceux qui sont de l’autre côté de la mer vivent les événements de la même façon qu’on les vit en Algérie. le monde est devenu un village. J’espère que les Kabyles de partout, ainsi que les hommes dignes, n’oublient pas où ils sont passés, et ne renient pas leurs patrimoine et héritage culturel, et qu’ils se battent pour les leurs.

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La place de l’artiste dans la société

ObservAlgérie : Ou se retrouve l’artiste ?

Zedek Mouloud : Si l’artiste trouve sa place dans son pays, il n’aurait pas à partit ailleurs. Le poète, en particulier, a besoin de liberté. Malheureusement, cette dernière n’existe pas en Algérie. Quand on commence à mettre des barrières à la création, l’artiste ne peut pas produire comme il veut. J’espère qu’il retrouvera sa liberté chez lui pour qu’il reste et ne s’exile pas ailleurs. Ainsi, il pourra travailler sa culture et défendre les causes qui lui tiennent à cœur.

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La promotion de la culture amazighe

ObservAlgérie : Selon vous, quelle est la solution pour émanciper et promouvoir la culture amazighe ?

Zedek Mouloud : C’est très facile. Il faut le vouloir. Il faut nous aimer nous-mêmes et dépasser la haine de soi parce qu’on se déteste beaucoup et on se méprise. Je crois qu’il faut travailler notre culture au lieu de travailler celle des autres.

Je vous donne un exemple : ce qui se passe dans les crèches (maternelles, NDLR) en Kabylie est une catastrophe. Une bombe à retardement. Avant, on n’avait que l’école comme seul obstacle à l’épanouissent de notre culture. Aujourd’hui, les crèches sont un véritable danger pour le kabyle. Il faut dire que si on ne transmet pas le kabyle à nos enfants, ils n’ont nulle part où l’apprendre. Maintenant, on paye des enseignants pour qu’on disparaisse. Certains enfant inscrits dans des crèches ne parlent plus kabyle.

C’est très important de semer les graines de cette langue dès le plus jeune âge de l’enfant. Il faut remettre les contes anciens, les jeux traditionnels à l’ordre du jour même si c’est important aussi que l’enfant apprenne d’autres langues. La priorité doit être donnée à la langue maternelle.

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Voir : Zedek Mouloud Zénith de Paris 2020 sur le site officiel de l’artiste

Ulamma aṭas-aya segmi ssarmen yimḥemmalen-is ad walin anaẓur-nsen deg Zénith n Paris, acu kan armi d taggara-a i d-yettwaberreḥ s usihar n tegnit i ttraǧun.

Ass n, 12 yennayer 2020, ara yemlil ihi Zedek Mulud akked wid i t-yeṭṭafaren, deg tzeqqa tameqqrant n Zénith n Paris. I lmend n waya, aṭas i d-yuɣen yakan itikiyen n ukcam, imi isalli-a n Zénith amezwaru n mmi-s n At Xelfun, yeffeɣ-d send ad d-yekcem useggas-a n 2019. D lebɣi n yimheggiyen d unaẓur s timmad-is, akken si tama, ad fken akud i yimdanen i yebɣan ad ḥerzen imeḍqan, si tayeḍ, ad d-yili uheggi iwulmen sɣur-sen.

Ad d-nesmekti d akken tuɣ yettuǧu Zénith amezwaru n bab n « Tidderwect-is » i yennayer 2019, maca ur d-yeḍri ara. Ɣef waya yenna-aɣ-d Zedek Mulud: «D tidet, niqal ad geɣ Zénith deg yennayer 2019, maca ur llint ara tegnatin i iwulmen akken ilaq, dɣa nwexxer-it i yennayer 2020».

Deg Zénith-a i d-iteddun, ugar n usfuggel n yennayer 2970, ad yesfuggel Zedek Mulud lwaḥi d yimḥemmalen-is ula d amulli-s wis 37 segmi yebda amecwar-is n ccna, d usnerni n yisefra d tezlatin. Tura akka ttnuzun yitikiyen deg waṭas n tḥuna i yettwassnen s waya, akked internet.

D timlilit i ur ilaq ad ibeṭṭel yal Aqbayli i yesseḥbibiren ɣef teqbaylit-is, imi Zedek Mulud gar yinaẓuren yuqan i d-yesbeggnen ɛinani seg waṭas-aya addud-is ɣef wayen yerzan taqbaylit, idles d tutlayt. Ula d tizlit tamḥaddit yeddem-itt s wudem yelhan armi llan wid i as-yessawalen « Meɛtub wis sin ». Yuɣ lḥal, ad d-yili ussan-a umaynut si tama n Zedek Mulud, imi tuffɣa n walbum-is yewwi-d ad d-teḍru deg wayyur-a n yunyu neɣ deg yulyu.

SOurce: DDK

Le chanteur engagé et poète kabyle Zedek Mouloud a publié sur son compte Youtube une vidéo dans laquelle il a tenu à témoigner de son soutien au mouvement de révolte qui secoue l’Algérie.

Réaffirmant son engagement pour la liberté, les droits de l’homme et pour le respect de la dignité humaine en général, Zedek Mouloud se dit fidèle à ses principes et présent aux côtés de tous ceux qui se battent, en Kabylie, en Algérie et partout dans le monde.

Se réjouissant de cet éveil subit qu’il considère comme un rendez-vous avec l’histoire, Zedek Mouloud en appelle à l’union malgré toutes nos différences et à la vigilance pour venir à bout du régime et des exactions.

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Kabylie – Le chanteur et poète engagé  Zedek Mouloud a été arrêté par la police à Tizi Ouzou à l’issu de la marche organisée à l’occasion du double anniversaire du printemps Berbère et du printemps noir, a t-on appris de sources sûres.

Zedek Mouloud a été conduit par des agents de la police au commissariat central de la ville de Tizi Ouzou, selon une source proche bien informée. L’artiste est rentré de son exil en France, juste pour participer à la marche du 20 avril.

Hier le 19 avril, Oulahlou, un autre artiste engagé a été arrêté par la police en compagnie du journaliste Djamel Alilat et des artistes marocains, après un gala animé à l’université de Mouloud Maameri à Tizi Ouzou. Ils étaient relâchés après un interrogatoire dans un commissariat de Tizi Ouzou.

Source

Le chanteur kabyle Zedek Mouloud

ALGER (SIWEL) — « Radio tisnat, am nettat ulac snat !» (La Radio Chaine II, comme elle il n’y en a pas deux). Telle est la devise de la chaine II, une chaine d’Etat algérienne d’expression amazighe (berbère). Et en effet, en matière de censure et de manipulation de l’information, il n’y en a pas deux comme elle, du fait, précisément, qu’elle s’adresse à une population considérée comme « insuffisamment assimilée à une culture étrangère dans son propre pays ». Zedek Mouloud vient d’en faire à son tour les frais, après Slimane Azem, Ferhat, Matoub et bien d’autres encore pour peu qu’ils ne rentrent pas dans le moule algérianiste, définissant l’identité nationale algérienne comme arabe et islamique avec quelques « vestiges historiques », retranchés dans les montagnes de Kabylie ou du pays Chaoui ou encore dans le lointain désert des Touaregs, vestiges destinées à être assimilés à leur tour de grès ou de force.

Comme au plus forts temps du despote Boumediene, la censure se pratique ouvertement et ne cherche pas à se cacher. Après Ferhat, dont l’œuvre est tout simplement « effacée » de la bibliothèque de la chaîne II, tout comme certaines œuvres de Matoub, de Slimane Azem et de bien d’autres artistes qui sont systématiquement censurées, dès lors qu’ils évoquent l’identité amazighe et à plus forte raison kabyle.

Mouloud Zedek, qui a sorti son dernier album ce 20 décembre 2014, a donc subi une fatwa proclamée par le DG de la radio algérienne, dite kabyle ou amazighe. La « fatwa identitaire » proclamée contre Zedek Mouloud interdit d’antenne le dernier album de l’artiste kabyle et par extension toute son oeuvre.

C’est sous forme de « directive » que la fatwa a été donnée par le premier responsable de la Chaîne II en personne et depuis, aucune chanson de Mouloud Zedek n’est diffusée par la chaîne II. Le petit rejeton de la Chaine II, la mal nommée radio Tizi Ouzou, suit à la lettre les directives de censure de sa tutelle, basée à Alger, indiquant ainsi, à qui oserait en douter, que l »Algérie est bien une république démocratique et populaire.

Source le Radar de Liberté

Pour rappel, le dernier album de Zedek Mouloud, « Asderdef », évoque la lutte et l’engagement en faveur de l’identité kabyle et amazighe ainsi que la campagne de haine et de stigmatisation dont avait fait l’objet le chanteur kabyle après sa participation au fameux déjeuner public du 03 août 2013 à Tizi-Ouzou.

Le 03 août 2013, à la suite d’une vaste campagne d’inquisition en Kabylie en plein mois de ramadan, un groupe de citoyens de Kabylie, majoritairement issu de la mouvance du Mouvement kabyliste du MAK, ont appelé à un déjeuner public pour défendre la liberté de culte et de conscience comme pour dénoncer le dictât islamiste, imposé par la force du bâton des gendarmes algériens qui ont commis des vagues d’arrestation sur les non jeûneurs et qui ont retiré les licences de commerce à ceux qui ouvraient leur restaurants ou fast-food pendant le ramadan.

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SIWEL 141152 JAN 15

 

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Découvrir les nombreux secrets que renferme un répertoire d’un chanteur nécessite une écoute particulière et une analyse sur le sujet. Le cas de Zedek Mouloud, qui naquit à Ath Khelfoun, nous mène sur les sentiers de l’interprétation ouverte à l’explication des expressions, des vocables, des détails, des figures stylisées et, enfin, à noter les allusions, les hommages qu’il a rendus à ses pairs, en passant par les muses inspiratrices. Nous nous attachons dans cette présentation à la version textuelle argumentée de ses chansons plus qu’aux éléments purement mélodieux qui sont, au demeurant, à eux seuls un discours musical commodément couplé aux écrits. C’est à juste raison d’ailleurs que l’ethnomusicologue  Jacques Cheyronnaud déclarait : “En ce qui concerne la chanson, il faut savoir faire la distinction entre le genre et le format.

La chanson est un hybride de littérature et de musique.” En cela, chez Zedek, le texte ne travestit nullement l’accompagnement musical et encore moins la réalité par le truchement habituel de la fiction qui s’encombre de tant d’images alléchantes mais tout autant inaccessibles. La chanson paraît en lui comme canal privilégié qui témoigne de l’histoire et des contextes sociaux qui se succèdent à mesure que s’écoule le temps pour une société. Ainsi, l’œuvre de Zedek est un éphéméride qui rend compte des évènements vécus, vaincus mais aussi souvent subis. Il considère les séquelles et les souffrances, aggravées par tant d’échecs, comme des expériences dont il faut s’instruire. Aussi a-t-il fait parler le secret des mots. Ses chansons peuvent-elles être considérées comme des textes fondateurs qui annoncent le renouveau de la chanson kabyle, longtemps envasée dans les stéréotypes de la moralisation, de la lamentation, des regrets, de la plainte, de la jérémiade, d’une émigration, jadis certes douloureuse, mais qui n’en est plus une, les remords et tant de notes qui sonnent faux car trompeuses et cherchant une plénitude non atteinte. Paul Verlaine disait à juste titre que “les mots de la poésie ne mentent pas”. C’est dans un tel désarroi que Zedek fait de sa chanson plutôt un outil pour un nouveau départ. Même le refrain n’est pas gaspillé à force de répétition. Il soutient le message de la chanson qui se situe à mi-chemin entre le constat et le lancement.

Entre ces deux espaces, la frontière est mince et se relever pour repartir implique forcément courage et abnégation même si la vigueur semble vous abandonner. Ainsi suggère le poète. Mouloud préfère affronter l’épreuve plutôt que de rester sur un échec chronique ou encore se prélasser sur un tapis (tahsirt) tellement périlleux et glissant qu’il mène droit vers des transformations et des changements compromettants, étranges et surprenants.

En véritable collection de création littéraire, les textes de Zedek méritent bien leur entrée dans l’enseignement.

 

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