Découvrir les nombreux secrets que renferme un répertoire d’un chanteur nécessite une écoute particulière et une analyse sur le sujet. Le cas de Zedek Mouloud, qui naquit à Ath Khelfoun, nous mène sur les sentiers de l’interprétation ouverte à l’explication des expressions, des vocables, des détails, des figures stylisées et, enfin, à noter les allusions, les hommages qu’il a rendus à ses pairs, en passant par les muses inspiratrices. Nous nous attachons dans cette présentation à la version textuelle argumentée de ses chansons plus qu’aux éléments purement mélodieux qui sont, au demeurant, à eux seuls un discours musical commodément couplé aux écrits. C’est à juste raison d’ailleurs que l’ethnomusicologue  Jacques Cheyronnaud déclarait : “En ce qui concerne la chanson, il faut savoir faire la distinction entre le genre et le format.

La chanson est un hybride de littérature et de musique.” En cela, chez Zedek, le texte ne travestit nullement l’accompagnement musical et encore moins la réalité par le truchement habituel de la fiction qui s’encombre de tant d’images alléchantes mais tout autant inaccessibles. La chanson paraît en lui comme canal privilégié qui témoigne de l’histoire et des contextes sociaux qui se succèdent à mesure que s’écoule le temps pour une société. Ainsi, l’œuvre de Zedek est un éphéméride qui rend compte des évènements vécus, vaincus mais aussi souvent subis. Il considère les séquelles et les souffrances, aggravées par tant d’échecs, comme des expériences dont il faut s’instruire. Aussi a-t-il fait parler le secret des mots. Ses chansons peuvent-elles être considérées comme des textes fondateurs qui annoncent le renouveau de la chanson kabyle, longtemps envasée dans les stéréotypes de la moralisation, de la lamentation, des regrets, de la plainte, de la jérémiade, d’une émigration, jadis certes douloureuse, mais qui n’en est plus une, les remords et tant de notes qui sonnent faux car trompeuses et cherchant une plénitude non atteinte. Paul Verlaine disait à juste titre que “les mots de la poésie ne mentent pas”. C’est dans un tel désarroi que Zedek fait de sa chanson plutôt un outil pour un nouveau départ. Même le refrain n’est pas gaspillé à force de répétition. Il soutient le message de la chanson qui se situe à mi-chemin entre le constat et le lancement.

Entre ces deux espaces, la frontière est mince et se relever pour repartir implique forcément courage et abnégation même si la vigueur semble vous abandonner. Ainsi suggère le poète. Mouloud préfère affronter l’épreuve plutôt que de rester sur un échec chronique ou encore se prélasser sur un tapis (tahsirt) tellement périlleux et glissant qu’il mène droit vers des transformations et des changements compromettants, étranges et surprenants.

En véritable collection de création littéraire, les textes de Zedek méritent bien leur entrée dans l’enseignement.

 

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